L'Illustre Théâtre

Le rendez-vous du Spectacle-Vivant dans les Alpes-Maritimes

04 février 2009

CENSURÉ

J’espère que cet article connaîtra une suite. En effet, le sujet annoncé par le titre me tient à cœur.
J’avais déjà évoqué cette question lors d’une note consacrée au Tartuffe de Molière (cliquez ICI pour le relire). J’y exposais que la version actuelle du Tartuffe, celle que l’on continue d’étudier en classe aujourd’hui, n’est pas la vraie version. Pas la vraie, dans le sens que Molière a été contraint de remanier profondément cette pièce pour pouvoir la faire jouer.
Bien sûr, il est facile d’épiloguer sur la censure de l’époque, celle d’un pouvoir royal qui appartient à l’histoire. Mais ce qui me choque bien davantage, c’est précisément que la version originale n’ai toujours pas été rétablie !
Dans les hautes sphères de l’Éducation Nationale, on n’a pas daigné rendre à Molière ce qui lui appartient. A-t-on craint que donner raison à cet homme de théâtre c’était désavouer l’ancien monarque et par là, contester le pouvoir d’une façon plus générale ? A-t-on été assez bête pour croire que réparer une erreur commise il y a trois siècles pouvait déstabiliser le pouvoir d’aujourd’hui ? Aurais-je un jour la réponse…

La censure. Cette pensée s’est mise à me trotter dans la tête. Et aujourd’hui ? Et ici ? Chez nous ?
J’ai posé la question à tous ceux que je connais et qui s’intéressent de près ou de loin au Spectacle Vivant. Ou plutôt, je suis en train de poser la question. C’est la raison pour laquelle je disais plus haut que j’espère une suite : j’espère que d’autre témoignages viendront s’ajouter à ceux exposés maintenant.
Je vais donc laisser la parole à ceux qui avaient quelque chose à dire sur le sujet et qui ont bien voulu me répondre.
Notamment Stéphane EICHENHOLC, comédien, metteur en scène et parfois écrivain, dont j’ai déjà parlé ici. Son site est toujours en lien dans la Colonne de Gauche (intitulé Cie A R K A D I A).
Voici ce qu’il nous dit :

« Je me suis toujours refusé à tous compromis en ce qui concerne le choix des spectacles que je présente dans la région.
La liberté artistique n'est-elle pas (en France) au dessus de toute formes de censure ? Et bien non !
En 2000 ou 2001, j'ai présenté :
"Le dernier jour d'un condamné" de Victor HUGO (un plaidoyer contre la peine de mort) au théâtre du Lavoir à Menton. j'ai eu la désagréable surprise de voir que mon texte de présentation qui au demeurant n'avait pas éveillé la moindre remarque de la part du théâtre de la Semeuse de Nice, ni du théâtre Antibéa, avait été amputé sur ordre du maire de l'époque (c'est peut-être toujours le même...)
parce-qu'il le jugeait trop subjectif ? Toujours est-il que j'ai redoublé de ferveur en interprétant ce magnifique texte de Victor Hugo.

Qu'on le veuille ou non, le théâtre est politique. Sa liberté de ton et les questionnements qu'il suscite interroge la conscience de tout citoyen.

Je me suis interrogé lorsque j'ai créé le "Mistero Buffo" de Dario FO au théâtre de la Semeuse. Ce texte particulièrement polémique met à mal la religion chrétienne et La Semeuse est à l'origine une institution catholique. Je suis pour la liberté d'expression et non pour la provocation. Qui oserait aujourd'hui mettre en scène le "Mahomet" de Voltaire ?!

Je me souviens que la
Cie Vis Fabula avait changé le titre d'une pièce de Dario FO : "Orgasme adulte échappé du zoo" en : "O... adulte échappé du zoo" pour pouvoir participer à la tournée Estivales du Conseil Général. La meilleure auto-censure restera toujours celle de l'argent ! (je ne jette pas la pierre, tant il est difficile de vivre de son métier, surtout quand on est artiste).

Toujours vers la même époque, la Cie Cafarnaüm (des anciens compagnons de route) ont joué à la Semeuse : "La femme comme champs de bataille" de Matéï VISNIEC (le titre original est : Le sexe de la femme comme champ de bataille). Déjà une première forme d'auto-censure ! Mais la polémique est venue de l'affiche : L'Origine du monde de Gustave Courbet qui représente le sexe d'une femme. Il faut noter que l'illustration de l'affiche avait été soigneusement retouchée sur photoshop et que la couleur de la chair était beaucoup moins réaliste. La direction de la Semeuse a fait recouvrir l'horrible pubis d'un joli rectangle blanc. (Eh oui, comme à la télé d'avant !) À la décharge de la Semeuse (évitons les animosités inutiles) la polémique était née dans le Doubs (régions d'attache de la Cie délictueuse) et avait fait la une de France 3 national. Bravo les journaliste ! (Ceci se passait bien sûr avant l'affaire Vittorio de Filippis).

Toujours dans le même registre, la Cie de Miran, lors de la présentation d'un spectacle de chansons paillardes, avait recouvert le nez phallique de ses affiches d'un rectangle avec l'inscription "censuré"
Un joli pied de nez aux Estivales du Conseil Général ! »

Un deuxième message de Stéphane a suivit le premier :

« Dans un article qui parle de la censure, je pense qu'il est très important de citer ses sources.

En ce qui me concerne, j'assume complètement mes propos et suis prêt à en débattre.

Pour étayer le sujet, s'il est une censure aujourd'hui insidieuse et bien réelle, c'est celle de l'économie.

Entre le théâtre très subventionné (80% de subventions et 20% de recettes propres) et le théâtre privé (20% de subventions et 80% de recettes propres) chacun voit midi à sa porte.

Les théâtre Nationaux ont une totale liberté artistique alors que les théâtres privés doivent composer avec les (mauvais) goûts du public. Qu'ils s'en défendent ou qu'ils le confessent (je ne donnerai aucun nom) les responsables des programmations tiennent aussi compte de la qualité d'un spectacle à son taux de fréquentation (un mauvais spectacle amateur qui amènera son public sera parfois préféré à un spectacle pro très intimiste). Avec la crise cela ne va pas aller en s'arrangeant. En quelques années, la ville de Nice a vue le nombre de ses petits théâtre presque doubler, il y en a une vingtaine aujourd'hui.

Si l'on peut se réjouir de cette étonnante vitalité, il faut savoir que le nombre de spectateurs n'a pas suivit la même courbe exponentielle. De même, il paraîtrait que la création locale soit anémique et qu'il devient difficile de dénicher de bon spectacles. Alors c'est aujourd'hui la politique du chacun pour soi, à qui aura la primeur d'une création locale en échange d'une programmation aux bonnes dates (Octobre ou Mars, les autres mois c'est tout pourrit), voire une certaine forme d'exclusivité (si, si , cela se pratique), etc ...

J'avoue que j'ai aujourd'hui certains scrupules à proposer un spectacle qui ne soit ni une "vraie" comédie (c'est à dire sans équivoque ni ambiguïté sur le TITRE), ni un classique (l'idéal étant évidement une oeuvre au programme du BAC) ni même un auteur contemporain "mort" : Ionesco, Beckett et autres absurdités...

Voilà, en espérant que ce petit texte sans importance ne souffre d'aucune CENxxxx ! »

Non Stéphane, aucune censure ici ; mais pas très loin de chez nous, dans le département du Var, la vie culturelle d’une commune souffre actuellement de l’interdiction absurde de l’équipe municipale. Il s’agit de la ville de CUERS.
J’en avais déjà fait l’écho il y a quelques mois (cliquez ICI et LA pour relire les articles) et malheureusement, cette vilaine histoire n’est pas terminée. La compagnie Orphéon (car c’était elle…) essais malgré tout de ne pas rester invisible et possède toujours un site : cliquez sur l’image pour y accéder.

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Il semble qu’à CUERS, en 2009, on continue de dire Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Pour terminer ce premier article, je vous informe que Vincent JOURDAN, qui préside l’association REGARD-indépendant, anime également un blog intitulé INISFREE et qui est consacré à sa passion : le Cinéma (Eh oui, avec une majuscule…).

Il a accepter de réaliser lui aussi un article sur la censure. Cela vaut le coup d’y jeter un œil en cliquant ICI.

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01 décembre 2008

Décembrrrrrre

Le frrrrrroid arrive, réchauffons-nous dans les salles de spectacle ! Examinons le menu des prochains jours :

Avec Raymond DEVOS tout d'abord et

MATIÈRE À RIRE

À La Semeuse, un spectacle de sketches du grand humoriste, disparu le 15 juin 2006 (eh oui, déjà…)

Mise en scène de Jean CORSO

« Le clown de théâtre et apparu au début du XIXème siècle. Certains artistes voulurent mélanger Shakespeare et le cirque. Ce fut un bide total : le public voulait des acrobaties, pas du texte. Puis au XXème siècle, les comédiens burlesques firent leur apparition, comme Raymond DEVOS et COLUCHE qui, dans tous leurs spectacles, ont gardé dans leurs gestes et état d’esprit une attitude typique du clown. »

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Les vendredi et samedi à 20h30, le dimanche à 15h00
du 05 au 20 décembre 2008
Durée : 1h45

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Théâtre de La Semeuse
2, montée Auguste Kerl 06000 NICE
Réservation au 04 93 92 85 08

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GEORGE & ALFRED

De Marie-Françoise HANS
Mise en scène de Philippe LECOMTE
avec Claire TULOUP et Denis DUTHIEUW

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« Nous sommes transportés au cour de la dernière nuit d'amour de deux amants de légende : George SAND et Alfred de MUSSET.
Cette pièce nous offre une évocation vertigineuse de l'amour impossible entre ces deux romantiques, faisant un théâtre de leur relation tumultueuse.
»

Ces deux comédiens nous ont habitués à des spectacles qui tiennent la route, d'autre part, c'est une pièce qu'ils produisent depuis quelques temps déjà.
Si, par malheur, je ne pouvais pas assister à une des représentations, j'espère qu'un des lecteurs ou lectrices de ce blog pourra y aller et nous en rapporter quelques impressions.

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Cette pièce a également été jouée dans le cadre du festival OFF d'Avignon. La plaquette de présentation nous en apprend plus sur l'auteur :
«
Marie-Françoise HANS est auteur, scénariste, professeur et journaliste. A 16 ans, elle voulait être comédienne. Après deux ans au Conservatoire d’art dramatique de Rouen, changement de cap avec des études de lettres.
Dans les années 70, elle enseigne le français. Parallèlement, elle commence à écrire et devient l’auteur de plusieurs romans et essais dont «
Les femmes et l’argent » aux Editions Grasset, « Les femmes, la pornographie, l’érotisme
» aux Editions du Seuil.
En tant que scénariste, entre autres, elle coécrit avec Colo Tavernier les scénarios du film de Bertrand Tavernier «
Une semaine de vacances » en 1980 puis de la série TV « Les Jurés
» réalisée par Bertrand Arthuys en 2007 et diffusée sur France 4 en 2008.
En 1997, elle renoue avec sa passion de jeune fille en écrivant pour le théâtre : «
Louise » met en scène la poétesse Louise Labé, suivra ensuite « George et Alfred », puis « La Fille de son père » et « Tante Mathilde
». Son œuvre est essentiellement consacrée aux femmes, leur place dans la société, la féminité d’aujourd’hui. »

Les vendredi et samedi 5,6, 12 et 13 décembre à 20h30 et
Les dimanche 7 et 14 décembre à 16h00
Durée : 1h20

Théâtre du Port
5, place île de beauté à NICE
Tarif : 15 €uros réduit : 10 €uros
Réservation au 04 93 56 47 62

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Téléthon 2008

La Cie Humaine et le conservatoire proposent
Samedi 6 décembre 2008 de 10h30 à 17h :

RELAIS DANSE

Une journée autour de la danse
235 danseurs, 35 musiciens...
- Spectacle musical et chorégraphique
- Démonstrations de danseurs non stop
- Couloir d’images : projections vidéo, diaporamas, exposition de photos…

• 11h -11h45 : Présentation de la partition musicale de « Tierkreis » de Stockhausen par Frédéric FUOCHI, musicologue Palais Lascaris Nice, puis extraits ;
• 12h -12h45 : Présentation de la partition chorégraphique de « Tierkreis » de Stockhausen par Bertrand PAPILLON, professeur de danse contemporaine au CRR Nice puis extraits ;
• 12h45 -13h30 : Rencontre avec le chorégraphe Eric OBERDORFF ;
• 14h -15h : Spectacle « Tierkreis » de Stockhausen (Auditorium du CRR) ;
• 15h15 -17h : Improvisations des danseurs de la Cie Humaine

Entrée : 5€ au profit du Téléthon 2008

Conservatoire à Rayonnement Régional
127, avenue Brancolar, Nice
04 97 13 50 00
www.cnr-nice.org

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Enfin, pour les heureux veinards qui seront à Grasse à la mi-décembre, voilà un spectacle qui attise la curiosité :

Le Bal des Fous

Il s'agit, comme pour la Cie Le Navire, d'une structure itinérante, qui va là où elle peut se poser.
A Grasse, ce sera sur le Cours Honoré Cresp (dans le centre ville : comme le centre est petit, on ne peut pas le manquer).

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Magnifique voyage hors du temps où la marionnette rejoint le cinéma d'animation. Moby Dick de MELVILLE, Le Crocodile de DOSTOÏEVSKI et Le pêcheur de Tolède de TCHEKHOV. Trois histoires extraordinaires, trois hommes dont le destin bascule : un capitaine aveuglé par son désir de vengeance mène son équipage vers une mort certaine ; un fonctionnaire avalé vivant par un crocodile cède à l'appel de la célébrité facile et éphémère ; un prêtre fanatique s'est juré de soumettre les corps et les âmes par le bras de la Sainte Inquisition, et sème le trouble dans l'esprit d'un homme amoureux.
Les 4 musiciens et 5 marionnettistes nous entraînent sur un rythme endiablé dans ce
Bal des Fous aux accents de spectacle forain, tour à tour cinéma en trois dimensions, cabinet de curiosités ou petite place de village en Espagne. Car comme d’habitude avec le Cinérama, la pièce commence et finit dans la rue !

A l’origine de ce spectacle il y a d'abord la rencontre de deux compagnies, « Quarantième Rugissant » (et leur Cinérama) avec « Les Chiffonnières » :
Cie Le Quarantième Rugissant
Le Cinérama est né de la rencontre entre un comédien et une musicienne, Arnaud VIDAL et Natacha MUET. En 1995, animés par des passions communes, notamment pour les arts forains, ils créent leur propre compagnie « Le Quarantième Rugissant », et transforment leur caravane d’habitation en roulotte de spectacle afin de reconstituer une salle de cinéma à l’ancienne. Une roulotte-théâtre, construite comme un objet rare, un écrin de rêve entre le voilier, l'Orient-Express et le théâtre à l'Italienne, avec ses bois précieux, cuirs et tissus de qualité, laiton et dorures. Ils veulent faire partager leur engouement pour le théâtre forain du siècle dernier, tout en créant des histoires et des musiques résolument actuelles. La roulotte évolue au fil des créations, s’ouvrant tour à tour vers le haut, à l’arrière, pour aboutir à la forme finale du « Théâtre Voyageur et Démontable » construit pour Le Bal des Fous.
La Cie des Chiffonnières
Steffie BAYER, plasticienne, Camille TROUVÉ, marionnettiste et,  ici encore, Natacha MUET, décident en 1996 de croiser leurs arts et fondent une troupe de théâtre de marionnettes en musique. Elles créent un univers insolite se rapprochant des arts bruts, caractérisé par la récupération de rebuts et le détournement d’objets du quotidien. La rencontre entre l’univers haut en couleur d’Italo CALVINO et les marionnettes suspendues des Chiffonnières donne naissance à un spectacle, Le Baron Perché, et un disque. La relation entre image et musique reste au centre de leur travail de création : l’image se construit en relation si étroite avec l’univers sonore que la musique prend une place narrative.

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Les représentations auront lieu les lundi 15, mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 à 19h30.
Je sais, ce n'est pas évident pour beaucoup d'arriver là-bas à l'heure, mais l'avantage d'un tel horaire est qu'on ne se couche pas trop tard si l'on travaille le lendemain !

Tarifs : de 13 à 18 €uros
Durée du spectacle : 1h45
Renseignement et réservations au 04 93 40 53 00

Je met également en lien, colonne de gauche, le site du Théâtre de Grasse. Je ne l'ai pas encore parcouru en entier, mais il m'a semblé bien conçu et complet.
Ce théâtre a, semble-t-il, évolué dans le bon sens. En effet, on lui reprochait autrefois de pratiquer des tarifs trop élevé et une programmation sans intérêt.
Les différents échos que j'ai pu en avoir disent aujourd'hui le contraire. Affaire à suivre donc.

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26 novembre 2008

Être ou ne pas être

Il y a fort longtemps, c'est-à-dire à une époque où je n’étais pas encore tombé dans le Spectacle Vivant, j’avais lu une interview consacrée à Francis LALANNE. Ce chanteur à la chevelure aussi longue que ses bottes venait de s’improviser comédien, et devait assumer le rôle titre dans le « Dom Juan » de MOLIÈRE.
Parlant de la préparation de son travail, il résumait ainsi : « MOLIÈRE a écrit ce rôle pour moi ! » ; et d’expliquer qu’il ÉTAIT Dom Juan, que ce personnage avait exactement son profil.
J’ai repensé à tout cela lorsqu’on tenta de m’apprendre à travailler un rôle. Comme beaucoup, je suis désormais convaincu qu'aucun artiste ne peut prétendre correspondre exactement à un personnage du répertoire.
Cela pour deux raisons — « dont chaque est suffisante seule » pour parler comme Cyrano.

Tout d’abord, les auteurs dramatiques ont très tôt réfléchi sur la question des personnages. Et notamment sur les fameux « caractères ». (Notons au passage qu'en anglais, « personnage » se dit « character » et a la même racine grecque que « caractère » : « signe gravé avec un poinçon » puis « empreinte », « marque ». A l’inverse, en anglais, « character » signifie aussi bien « personnage » que « rôle » ou « acteur ».) En Angleterre, en France ou en Italie, dès le XVIème siècle, on construit peu à peu des archétypes, ressemblant chacun à tout le monde en général et à personne en particulier.
Car, si on se contenta au début de définir un personnage par son seul caractère dominant, on évolua rapidement vers des personnages pourvus de plusieurs facettes, définissant un catalogue d'êtres à la fois caricaturaux et complexes.

Ensuite, lorsque Francis LALANNE nous dit « Je suis le personnage », il tue par ces mots un des grands plaisir de l'artiste, celui de partir à la découverte. En matière d’art, il ne faut pas penser à son confort : « Ça par exemple, quelque heureuse coïncidence ! je suis fait exactement comme le Marius de PAGNOL ! J’ai sa démarche, ses gestes, sa logique et les mêmes goûts que lui. Mais alors, quelle coïncidence vraiment très heureuse : je ressemble également comme deux gouttes d’eau au Platonov de TCHÉKOV ! La même folie, le même vocabulaire, les mêmes habitudes. Je n’ai rien à faire, il me suffit d’être moi-même pour jouer l'un et l'autre. »

Souvent, les journalistes qui interrogent les acteurs leur demandent quels sont leurs points communs avec les personnages qu’ils interprètent. Cette question ne me plait pas. En effet, elle laisse supposer qu’un comédien doit forcément avoir des ressemblances avec le personnage pour qu’on lui confie le rôle.
Il est vrai qu’un metteur en scène va préférer demander à une femme d’incarner une femme, et à une personne âgée de jouer une personne âgée ; mais ce n’est pas une règle d’or : dans le théâtre grec antique comme dans l'Europe de la Renaissance, beaucoup de rôle féminins étaient joués par des hommes. De plus, confier un rôle à contre-emploi peut se révéler payant par le nombre de possibilités nouvelles qui s’ouvrent, par la multiplication des voies offertes à la création.
En tout cas, un bon professeur d'art dramatique doit s'efforcer de préparer ses élèves à assumer n'importe quel rôle et toutes les situations possibles.

Cette impression d'être soi-même l'exacte copie d'un personnage vient peut-être du fait que, comme le suggère Michel BOUQUET, chaque être humain porte en lui l'ensemble des caractères humains, mais n'en développe que quelques uns. Le travail de l'acteur étant alors d'aller puiser au fond de lui ce qui s'y trouve enfoui, caché, et qu'il ne soupçonnait pas.

[Pour ne pas faire trop de peine à ses fans, je précise que le chanteur argentino-libanais avait eu, grâce à ce rôle, un prix décerné par la ville de Marseille en 1988, ainsi que 2 nominations aux « Molières » de 1996 pour L’Affrontement (" Meilleur acteur " et " Révélation de l’année ").]

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Épouvantable Rock’N’Roll

C’est épouvantable, pour la première fois dans l’histoire de ce blog, je vais faire une critique très dure sur une pièce. Je ne vais pas la tailler « en pièce », car ce n’est pas vraiment une pièce. Ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas un concept, ce n’est même pas un embryon de quelque chose, un bruit, un gaz, rien…
Tant de moyens, tant d’idées, tant de bonne volonté sans doute. Tant de petites choses qui, au passage, étaient plutôt bien. Tout ça pour aboutir à rien.
Non pas quelque chose de contrariant ou de révolutionnaire ; pas non plus une comédie classique, ou même bourgeoise. Nous ne sommes même pas dans l’émission « au Théâtre ce Soir », nous sommes nulle part, nous perdons notre temps.
La Grande Cérémonie de la Communication Collective ne fonctionne pas, elle est usurpée.

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Puisque j’ai fait ce blog afin d’intéresser les lecteurs au Spectacle Vivant, j’ai pour habitude de ne pas parler d’une pièce lorsque celle-ci, honnêtement, me semble mauvaise. Difficile d’encourager les gens à sortir de chez eux en écrivant : « ceci est mauvais, n’y allez pas ! ».
Plus précisément, il peut être intéressant de tenter de comprendre les défauts de tel spectacle, mais cela reste périlleux.
Mais ce mardi soir-là, au TNN, assistant à une représentation de « Rock’N’Roll », je me suis dis que trop c’était trop. Non aux escrocs !

Illustre-Épouvantable Rock'N'Roll-01.jpgLe manifeste de Tom STOPPARD, l’auteur, est très instructif, intéressant et plein de bonne volonté. Ressortir les propos de Vaclav HAVEL et de Milan KUNDERA est une bonne base de départ. L’histoire de la Tchécoslovaquie de 1968 à 1990 mérite qu’on s’y attarde, oui. Mais le problème est qu’il n’y a aucun rapport entre les intentions de l’auteur, les commentaires du metteur en scène et le résultat final. (D’ailleurs, une œuvre théâtrale ne devrait pas avoir besoin de notice explicative pour que le public puisse l’aborder.)
La débauche de moyens non justifiée semble montrer que le metteur en scène a surtout pensé à faire des « effets ». Il n’a même pas laissé sa fantaisie papillonner au-dessus des planches. Le but non avoué de Daniel BENOIN semble être de faire passer sa mise en scène à la postérité, géniale création d’un esprit éclairé, grand comprenant de l’art dramatique.
[Le magasine « JV », encart de NICE-MATIN du mercredi consacré aux sorties, indique que la mise en scène est de Jacques BELLAY. C’est une erreur, il s’agit bien de Daniel BENOIN.]

Que va-t-on dire de moi si j’écris ici que les grandes scènes nationales subventionnées sont des gouffres financiers ? Ceux qui me connaissent savent bien que peu me chaut le prix d’une création. Mais à condition qu’elle soit HONNÊTE. Hors, dans « Rock’N’Roll », la succession de décors, effets, maquettes, la démonstration de force de la grande machinerie théâtrale ne sert pas la pièce, elle la disperse.
Pour le prix de cette mise en scène, plusieurs compagnies pourraient vivre et créer davantage. Comment voulez-vous alors qu’on fasse accepter l’idée que la Culture doit être subventionné sans compter (ce en quoi je crois) avec de si mauvais exemples sous les yeux.
Comprenez donc bien : je ne suis pas jaloux des grandes structures, au contraire, je me réjouis qu’il existe sur notre territoire des scènes avec grande hauteur sous plafond, machineries en sous-sol, régie performante et surtout personnel qualifié. Le grand spectacle a ses atouts et il faut en profiter. Mais lorsqu’il y a débauche de moyens sans motivation réelle, le public, novice ou connaisseur, se rend bien compte qu’on essaie de le gruger. Des moyens si coûteux pour quelque chose de gratuit, voilà ce qui n’allait pas.

Mieux aurait valut ne garder qu’un seul des dispositifs et alors l’exploiter à fond, jouer avec, créer, l’intégrer parfaitement. On apprend vite, dans les cours de théâtre, qu’il ne faut pas se raccrocher aux accessoires et au décor pour masquer sa peur ou son manque d’inspiration, mais en revanche, tout ce qui peut traîner sur une scène est bon pour stimuler votre imagination.
La pluie par exemple — oui, dans cette pièce aux décors aussi multiples que changeants, il pleut sur scène. Pourquoi ne pas profiter du fait qu’au TNN, on peut faire pleuvoir et demander aux comédiens de jouer avec cela ? Que de choses on aurait pu imaginer en laissant faire l’imagination de chacun. C’est une aubaine pour un acteur que d’avoir un "accessoire" pareil !

Ah oui, les comédiens, il faut en parler aussi.
Il y a 5 musiciens et 11 comédiens. Sur ces 11 artistes, seulement 2 tirent vraiment leur épingle du jeu : Maruschka DETMERS et Pierre VANECK. Ce sont également les moins jeunes de la troupe. Je dis cela car Michel BOUQUET rappelait que, si c’est possible, on préfère confier les rôles de jeunes premiers à des comédiens d’âge mûr, afin qu’ils puissent compenser la fadeur du personnage par leur grande présence, par leur expérience de la scène.
Mais ici, malheureusement, les autres rôles n’ont pu être sauvés du naufrage. Même Frédéric de GOLDFIEM n’arrive pas à faire exister son personnage. Lui qui pourtant a montré à plusieurs reprises l’étendue de son registre et sa capacité à créer, tant comme comédien que comme metteur en scène. Je ne comprends plus.
Déjà, sur le papier aussi les personnages ont du mal à exister, à se différencier les uns des autres ; à justifier leur présence. Parfois, on se demande pourquoi ils disent telle ou telle réplique, pourquoi telle scène existe, à quoi sert-elle. Ainsi, la plupart des protagonistes ne sont pas crédibles ; ils nous gênent, non pas parce qu’ils nous dérangent mais parce qu’ils nous ennuient, semblent être de trop. Ce spectacle dure 2h25 plus un entracte, mais on aurait pu en retrancher une heure sans rien compromettre.
Illustre-Épouvantable Rock'N'Roll-03.jpgHeureusement que Maruschka DETMERS est là pour redonner souffle à l’ensemble, car même Pierre VANECK fini par se laisser aller à une interprétation approximative. Par exemple, dans la 2ème partie, il est censé avoir vieilli et se déplace en claudiquant, avec une canne. Mais, de temps à autre, on le voit accélérer le pas puis, tout en marchant, parler en agitant les mains, et se passer ainsi de sa canne… (Parler en agitant systématiquement les mains est un comportement qu’on retrouve chez beaucoup de débutants. Avec l’expérience, ce défaut s’estompe, mais ne disparaît jamais complètement.)
J’avais pensé mettre comme titre à cet article : « Au Théâtre ce Soir », car à un moment donné, une scène entière est jouée de cette façon (« les décors sont de Roger HARTH et les costumes de Donald CARDWELL »…) d’une façon j’allais dire ringarde mais je préfère dire « calibrée » pour le public et les téléspectateurs de l’époque. Mais je me suis ravisé, nous n’étions pas au théâtre, ce mardi soir au TNN.

Un seul point positif : cette pièce rappelle qu’il y a longtemps, très longtemps, le Rock’N’Roll était le point de ralliement de la contestation ; mais… c’est de l’histoire ancienne, n’est-ce pas, Optic-2000 ? (prononcez : « OoooOOOptic deu-eu-mil »)

Petit détail amusant : cette pièce traite, entre autre, du totalitarisme. Hors, figurez-vous que TOUS les abonnés du Théâtre National de Nice sont OBLIGÉS d’aller voir ce spectacle. En effet, le système d’abonnement du TNN prévoit qu’il faut, lors de la réservation, choisir au moins un spectacle par « poste ». Les œuvres de la saison théâtrale sont réparties en 5 postes et il faut donc réserver au moins 5 spectacles.
Mais attention, le poste N°1 ne comporte qu’un seul spectacle ! Il n’y a pas le choix : si vous voulez vous abonner pour la saison 2008-2009, vous DEVEZ louer une place pour le spectacle « Rock’N’Roll », dont la mise ne scène est signée Daniel BENOIN, directeur du TNN.

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Vaclav HAVEL, écrivain dissident emprisonné à 4 reprises, devint président de la République Thécoslovaque de 1989 à 1992

La grande salle Pierre Brasseur était très clairsemée ce soir-là. Un couple voisin, aussi mal logé que ma compagne et moi-même, a tenté de demander à l’ouvreuse s’il était possible de s’installer parmi les nombreux fauteuils restés vides du parterre.
L’employée de la "STASI" a répliqué fermement que c’était impossible. (Impensable voyons : laisser des spectateurs à 18 €uros occuper des places vides à 25 €uros, jamais ! Encore moins dans un théâtre, haut lieux de la rigueur et de la soumission !)
De plus, cramponnez-vous à votre clavier, les élèves qui s’inscrivent aux cours d’art dramatique dispensés par le TNN doivent OBLIGATOIREMENT être abonnés (et, donc, aller voir « Rock’N’Roll »…).
C’est épouvantable.

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21 novembre 2008

C'est (bientôt) la rentrée

Sans être tout à fait désert, le mois d’août fut très calme. La rentrée se profile. Les curieux qui sont allés visiter les théâtres et les compagnies mises en lien ici constateront qu’elle s’effectue souvent à la fin de septembre ou au tout début d’octobre.

Si vous utilisez la désormais célèbre « colonne de gauche », vous pourrez trouver déjà quelques infos :

Sur le site de l’association « la Semeuse », cliquez sur [Des spectacles] puis, en bas de la page qui s’affiche, sur [télécharger la plaquette de la saison culturelle].

Celui de la Cie Arketal est un peu plus compliqué, même s’il est très beau : sur la page d’accueil, cliquer sur [Entrer], une autre fenêtre s’ouvre. Si vous l’avez déjà vue, cliquez sur [Passer l’intro]. Le sommaire est affiché en bas, toujours peu lisible mais très graphique : cliquer sur [Calendrier]. Cliquer alors en haut à droite sur [Cliquez ici pour voir le calendrier].

On constatera que cette Cie tourne dans toute la France et parfois au-delà, mais qu’elle n’oublie pas pour autant notre département. Simplement, les dates étant plus rares, il faut rester attentif et ne pas rater leur passage.

Sur la page d’accueil de la Cie l’Arpette, cliquez simplement sur [L’AGENDA]. (ou bien d’abord restez quelques secondes à regarder les photos du spectacle de clown « Nez pas gourmand qui veut »)

Idem pour la Cie Sîn : cliquez simplement sur [Agenda] en haut de la page.

Le calendrier de la Cie Debi-Debo est lui aussi visible en cliquant sur [Actualité] dans la page d’accueil.

Sur le site de l’Espace Magnan, il suffit de cliquer sur [spectacles]. On arrive directement sur la page des programmes : l’ensemble de la saison est renseigné sur la colonne de gauche, le spectacle à l’affiche est détaillé sur la colonne centrale.

Pour le prochain spectacle, il y a même une vidéo de présentation. Je n’ai pratiquement jamais présenté de vidéo sur ce blog, car il me semble que cela cause plus de tort à un spectacle que cela ne le sert.

Capter un spectacle en vue de le diffuser ou bien d’en présenter des extraits est une affaire de pro — des spécialistes de la spécialité, comme dit si bien ma copine ! Les prises de vue réalisées à partir d’une seule caméra, sans prise de son sur la scène et sans travail de mixage sont généralement médiocres.

Sur la page d’accueil de la Cie la voix du Silence, il faudra cliquer sur [Entrer] pour passer l’intro, puis sur [voir nos dates et réserver en ligne]. Une fenêtre "Pop-Up" s’ouvre alors pour afficher la programmation.

Si vous avez activé un anti Pop-Up, il faudra autoriser, au moins temporairement, cette fenêtre à s’ouvrir. Le site est plutôt joli, mais assez lent. Parfois même, lorsque vous cliquez sur une rubrique, vous retournez directement à l’intro, qui en plus met plusieurs secondes à s’ouvrir ! C’est assez énervant, heureusement que cette compagnie monte des spectacles de bonne qualité.

En cliquant sur le lien du Cercle Molière (vénérable institution de 86 ans !) on arrive directement sur la programmation. Ceci dit, le premier spectacle est annoncé à une date qui ne correspond pas avec celle affichée par le théâtre Francis Gag, qui accueille la compagnie. Affaire à suivre…

    

Avec le site du Théâtre de la cité, on peut cliquer sur deux choix : [Programme adultes] ou [Programme enfants].

Sur le site du Théâtre de l’Alphabet, on clique sur [Programme] pour obtenir… le programme. La pièce à l’affiche est en caractères gras.

Pour le site du Théâtre du Cours, là encore il faut cliquer sur [Entrez] pour arriver sur la page d’accueil. Puis ensuite sur [Demandez le programme], on arrive alors sur un programme qu’il faut faire défiler pour le lire en entier, en s’aidant des très discrètes petites flèches sur la droite.

Souvent, ce théâtre programme une seule, parfois deux comédies pendant toute la saison.

Après avoir cliqué sur [La Programmation] sur le site du Théâtre du Verseau, je suis arrivé sur une page qui affiche le titre « > L'ACTUALITÉ> La Pièce > SAISONS 2008-2009 », une photo d’un montage/démontage d’un décor et… rien d’autre, un grand carré vide.

Le titre montre bien que ce site n’est pas laissé à l’abandon, mais l’absence de renseignement me laisse perplexe.

Le Théâtre Trimages n’a pas encore terminé son programme, mais c’est pour bientôt, il faut guetter, en sélectionnant l’onglet [Programmation].

Il n’y a aucune illustration dans cette note. Mais en revanche, je suis fier de déclarer que mes photos ont servi pour illustrer le blog de Luce COLMENT !

Posté par AugustStrindberg à 13:07 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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